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Médecin-Patient : je t'aime, moi non plus !

La Clinique

Médecin – Patient : je t’aime moi non plus. Comment établir une relation apaisée ?

Depuis deux ans, le monde de la santé est le théâtre de controverses médiatiques (Scandales du Médiator, Levothyrox, Dépakine, implants chirurgicaux, violences obstétricales, augmentations des plaintes à l’encontre des médecins...). Ces affaires illustrent une crise de confiance du public vis-à-vis des soignants, laquelle se double d’une crise d’autorité : les médecins, concurrencés par de multiples acteurs (médias, associations de patients, réseaux sociaux, para-médecine.... ) n’ont plus le monopole de l’information médicale et s’en trouvent parfois démunis.

Comment mieux s’écouter, se parler et se faire confiance entre soignés et soignants ? Comment réinventer la relation de soin dans le contexte actuel ? Comment surmonter contrariétés et malentendus de part et d’autre ? Comment gérer la multiplicité d’informations et témoignages à portée de clics ? Ces questions très sensibles ont fait l’objet de la première conférence-débat organisée par la Cellule d’éthique de la Clinique Breteché au Radisson BLU hôtel (Nantes), le lundi 28 janvier 2019. Voir le programme.

Devant une salle pleine, rassemblant à la fois des professionnels du soin (médecins, infirmiers, psychologues…), des patients et responsables d’associations d’usagers, le Comité d’éthique a fait appel à deux personnalités qualifiées, issues de la philosophie et des sciences humaines :

- Jean Philippe Pierron, Professeur de philosophie à l’université Lyon III-Jean Moulin a proposé une conférence passionnante sur les nons-dits de la relation médicale  - non-dits épistémologiques, juridiques, culturels, psychologiques – avant de réhabiliter la notion de tact dans la relation de soin. 

- Héloise Lhérété, rédactrice en chef du magazine Sciences Humaines, a introduit ses propos et animé le débat, permettant au public composé de soignants et de représentants d’associations de patients de prolonger la réflexion.

Difficile de résumer une soirée aussi riche mais Jean Philippe PIERRON nous en a proposé une synthèse.

« On présente souvent la relation de soin d'un point de vue fonctionnel (des statuts : médecine, infirmière, aide-soignant, patient) et opérationnel (des expertises : patient expert, chirurgien, anesthésiste, infirmier de bloc opératoire, etc...). Or la placer sous la rubrique d'une relation qui cherche à s'apaiser et sous le titre de cette soirée "je t'aime, moi non plus" rappelle deux choses importantes. Le soin pour être efficace a besoin d'être organisé et coordonné, mais la relation de soin, en plus de raisons échangées (l'explication de la maladie, informations sur le protocole thérapeutique, etc.) est constituée par d'autres attentes. Dans la relation de soin, en plus de ce qui s'échange, il y a ce qui se donne, composé de désirs, de pulsion, d'affects, de croyances, dont l'éros et le thanatos : l'attente d'une plainte entendue et prise en charge et la hantise de la mort et du mal dans la maladie.

Parler de relation apaisée exige donc de ne pas oublier que la paix, dans les soins, n'est pas simplement une absence de guerre ou de conflits, mais la recherche d'une relation juste et ajustée placée sous la crainte du mal (mal subi de la maladie ; mal commis de la violence ou de la faute : routinisation, indifférence, malveillance, abus d'autorité, torture) et n'ignorant pas la possibilité du conflit (une insociable sociabilité dans le soin dont la plainte que l'on porte).

C'est au sein de l'épistémologie médicale qui valorise un modèle scopique (voir pour savoir /pouvoir) et d'une rationalité gestionnaire qui organise les soins que cette relation apaisée tente de faire sa place. Ce modèle est habité/hanté par le souci de savoirs et de processus fiabilisés, au risque d'oublier la confiance et la reconnaissance. La fiabilité peut être une caricature de la confiance. C'est pourquoi, la relation de soin en appelle à la fois au rôle du droit qui protège les libertés (juridicisation et judiciarisation) et à celui de l'éthique qui, avec délicatesse, si on ne réduit pas l'éthique à une réglementation ou à une science de l'action, invente le soin comme la reconnaissance d'une estime mutuelle entre soignant et soigné. Dans ce cadre, le soin se révèle l'occasion d'une rencontre inter humaine exceptionnelle : celle d'une rencontre où une confiance s'en remet à une compétence».

A l’issue de cette conférence et de ce résumé, nous ne disposons pas de « recettes » pour apaiser cette relation, mais chacun, autant soignant que patient, a pu approfondir sa réflexion sur son propre positionnement. Belle occasion de repenser son rôle et sa relation avec l’autre, au sein d’une « éthique de la délicatesse » ( Jean-Philippe Pierron) à ajuster au quotidien, en fonction de ses interlocuteurs.    

Mr Jean-Philippe Pierron - Mme Héloïse Lhérété, Dr Pascal Calmelet

 

de g. à d. : Mr Ruvoën, représentant des usagers et adhérent à l’association France Fibromyalgie, Mme Pichon, directrice juridique et relations usagers Clinique Bretéché, Mme Lhérété, rédactrice en chef du magazine Sciences Humaines et du trimestriel Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, Mme Gérard, représentante des usagers et adhérente de l’association APF France Handicap, Docteur Calmelet, gynécologue-obstétricien Clinique Bretéché, Mr Pierron, Professeur de philosophie à l’Université jean Moulin Lyon 3.

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